samedi 8 novembre 2008

JACQUES BREL



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ORLY

Ils sont plus de deux mille Et je ne vois qu'eux deux / La pluie les a soudés Semble-t-il l'un à l'autreIls sont plus de deux mille Et je ne vois qu'eux deux / Et je les sais qui parlent Il doit lui dire je t'aimeElle doit lui dire je t'aime Je crois qu'ils sont en train / De ne rien se promettre Ces deux-là sont trop maigresPour être malhonnêtes Ils sont plus de deux mille / Et je ne vois qu'eux deux Et brusquement il pleureIl pleure à gros bouillons Tout entourés qu'ils sont / D'adipeux en sueur Et de bouffeurs d'espoirQui les montrent du nez Mais ces deux déchirés / Superbes de chagrin Abandonnent aux chiensL'exploit de les juger La vie ne fait pas de cadeau / Et nom de Dieu c'est triste Orly le dimancheAvec ou sans Bécaud Et maintenant ils pleurent / Je veux dire tous les deux Tout à l'heure c'était luiLorsque je disais "il" Tout encastrés qu'ils sont / Ils n'entendent plus rien Que les sanglots de l'autreEt puis Et puis infiniment / Comme deux corps qui prient Infiniment lentementCes deux corps se séparent Et en se séparant / Ces deux corps se déchirent Et je vous jure qu'ils crientEt puis ils se reprennent Redeviennent un seul / Redeviennent le feu Et puis se redéchirentSe tiennent par les yeux Et puis en reculant / Comme la mer se retire Il consomme l'adieuIl bave quelques mots Agite une vague main / Et brusquement il fuit Fuit sans se retournerEt puis il disparaît Bouffé par l'escalier / La vie ne fait pas de cadeau Et nom de Dieu c'est tristeOrly le dimanche Avec ou sans Bécaud / Et puis il disparaît Bouffé par l'escalierEt elle elle reste là Coeur en croix bouche ouverte / Sans un cri sans un mot Elle connaît sa mortElle vient de la croiser Voilà qu'elle se retourne / Et se retourne encore Ses bras vont jusqu'à terreÇa y est elle a mille ans La porte est refermée / La voilà sans lumière Elle tourne sur elle-mêmeEt déjà elle sait Qu'elle tournera toujours / Elle a perdu des hommes Mais là elle perd l'amourL'amour le lui a dit Revoilà l'inutile / Elle vivra de projets Qui ne feront qu'attendreLa revoilà fragile Avant que d'être à vendre / Je suis là je la suis Je n'ose rien pour elleQue la foule grignote Comme un quelconque fruit.


GRAND JACQUES


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C'est trop facile d'entrer aux églises
De déverser toute sa saleté
Face au curé qui dans la lumière grise
Ferme les yeux pour mieux nous pardonner

Tais-toi donc, grand Jacques
Que connais-tu du Bon Dieu
Un cantique, une image
Tu n'en connais rien de mieux

C'est trop facile quand les guerres sont finies
D'aller gueuler que c'était la dernière
Ami bourgeois vous me faites envie
Vous ne voyez donc point vos cimetières?

Tais-toi donc grand Jacques
Laisse-les donc crier
Laisse-les pleurer de joie
Toi qui ne fus même pas soldat

C'est trop facile quand un amour se meurt
Qu'il craque en deux parce qu'on l'a trop plié
D'aller pleurer comme les hommes pleurent
Comme si l'amour durait l'éternité

Tais-toi donc grand Jacques
Que connais-tu de l'amour
Des yeux bleus, des cheveux fous
Tu n'en connais rien du tout

Et dis-toi donc grand Jacques
Dis-le-toi bien souvent
C'est trop facile,
C'est trop facile,
De faire semblant.


JE SUIS UN SOIR D'ETE


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Et la sous-préfecture
Fête la sous-préfète
Sous le lustre à facettes
Il pleut des orangeades
Et des champagnes tièdes
Et les propos glacés
Des femelles maussades
De fonctionnarisés

Je suis un soir d'été

Aux fenêtres ouvertes
Les dîneurs familiaux
Repoussent leurs assiettes
Et disent qu'il fait chaud
Les hommes lancent des rots
De chevaliers teutons
Les nappes tombent en miettes
Par-dessus les balcons

Je suis un soir d'été

Aux terrasses brouillées
Quelques buveurs humides
Parlent de haridelles
Et de vieilles perfides
C'est l'heure où les bretelles
Soutiennent le présent
Des passants répandus
Et des alcoolisants

Je suis un soir d'été

De lourdes amoureuses
Aux odeurs de cuisine
Promènent leur poitrine
Sur les flancs de la Meuse
Il leur manque un soldat
Pour que l'été ripaille
Et monte vaille que vaille
Jusqu'en haut de leurs bas

Je suis un soir d'été

Aux fontaines les vieux
Bardés de références
Rebroussent leur enfance
A petits pas pluvieux
Ils rient de toute une dent
Pour croquer le silence
Autour des filles qui dansent
A la mort d'un printemps

Je suis un soir d'été

La chaleur se vertèbre
Il fleuve des ivresses
L'été a ses grand-messes
Et la nuit les célèbre
La ville aux quatre vents
Clignote le remords
Inutile et passant
De n'être pas un port

Je suis un soir d'été.

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